Mafia, le dossier

Interaction entre

la Sicile et les États-Unis

La "Mano Nera"

Dès le début du XXe siècle, New York devient la plus grande ville italienne du monde. Parmi la population d’origine italienne, entre 30 et 40 000 auraient été des criminels dans leur pays d’origine.

A « Little Italy » les travailleurs les familles honnêtes vont devenir leurs proies.

Ces gangsters ont une nouvelle organisation. « La Mano Nera », la main noire.

Leur activité principale, l’extorsion.

C’étaient des prédateurs envers leurs propres compatriotes. Ils forçaient les commerçants à les payer pour leur protection. Ils volaient et faisaient des braquages dans leurs propres quartiers. Ils faisaient des choses horribles. Ils kidnappaient des enfants et terrorisaient les gens. C’étaient vraiment les prémisses d’une organisation criminelle. Mais il n’est pas certain que la « Main noire » ait eu des relations avec la Mafia, ni même que des membres de « La Main noire » aient adhérés plus tard à la mafia sicilienne. C’était à ce moment là une organisation criminelle qui s’attaquait aux plus pauvres.

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La lutte

A ce gang italien, la police impose alors une solution italienne.

Jo Petrosino est ainsi engagé.

Giuseppe Petrosino, aussi appelé Joseph « Joe » Petrosino, né le 30 août 1860 à Padula, était un officier américain de la police de New York et un pionnier de la lutte contre le crime organisé

Premier policier d’origine italienne, il sera vite surnommé le « Sherlock Holmes » italien.

Il est envoyé au pays pour enquêter sur le passé criminel des membres de la « Main Noire ». Et c’est vers la Sicile que son enquête l’emmène.

Dans l’île, la Mafia est fortement ancrée depuis plus de 50 ans. C’est une mafia de village qui sait frapper sur la seule richesse du pays, son agriculture. Les paysans et leur travail en sont les premières victimes.

A la fin du XIXe la mafia est un ensemble de groupes affairistes, criminels qui assurent le plus souvent une fonction que l’on peut qualifier de « sécurité publique par procuration », c'est-à-dire qu’ils collaborent avec ou se substituent aux forces de l’ordre pour la protection de biens privés, de terres ou d’entreprises. Donc on a des entrepreneurs ou des propriétaires terriens qui comptent sur des criminels pour se protéger de criminels…

C’est la période où la noblesse sicilienne perd entièrement ses privilèges au profit de ceux qu’on appelle les « borghesi » dont certains étaient mafieux, et d’autres de riches bourgeois qui utilisaient la violence pour prendre possession des terres des nobles.

Et cette mafia sicilienne ne craint rien, s’attaquant même aux autorités qui osent la contrer.

Jo Petrosino sera assassiné en Sicile en 1909.

La faute à Benito !

Au début des années 20, Mussolini prend le pouvoir en Italie. Un régime fasciste qui entend bien régner seul sur le pays.

Le nouveau gouvernement autoritaire s’attaque logiquement à la mafia.

Mais l’arme de Mussolini a un nom. Cesare Mori, la bête noire des criminels, nouveau préfet de Sicile. Mori est un homme dur, sans merci. Celui que l’on surnomme « le préfet de fer » multiplie les rafles dans le milieu mafieux. Procès de pacotille, prévenus exhibés dans des cages, 1200 mafieux seront ainsi condamnés. Mais la méthode musclée du préfet Mori aura d’autres conséquences.

Le fascisme était contre la mafia, comme toutes les dictatures. Un dictateur ne peut pas accepter qu’il y ait un pouvoir alternatif. La conséquence est que de nombreux chefs de la mafia quittèrent la Sicile car ils ne pouvaient plus exercer leur pouvoir. Ils ont laissé derrière eux les second-couteaux, leurs compagnons, leurs acolytes, leurs officiers, et les généraux eux sont partis et ont exporté une culture et une économie criminelle mafieuse dans beaucoup de pays du monde, dont les Etats-Unis.

Il n’y avait pas de stratégie de la mafia sicilienne pour s’implanter aux Etats-Unis, c’est arrivé fortuitement. Une des raisons qui a donc conduit à l’arrivée de mafieux aux Etats-Unis, c’est Mussolini.

 

Des centaines de mafieux vont débarquer à New-York. Se présentant comme victimes du régime fasciste ils s’insinuent facilement dans le quartier de Little Italy où ils vont se fondre dans la pègre déjà présente.

Et l’histoire profite à la mafia.

Dans un élan conservateur, les États-Unis viennent d’instaurer la prohibition, un marché qui va s’avérer particulièrement juteux pour les criminels italiens.

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Les prémisses

L’alcool est devenu illégal, mais tout le monde voulait encore boire. Donc ce sont les anciens membres de la Main Noire et d’autres trafiquants qui se sont associés pour fournir l’alcool.

A l’époque, la production d’un baril de bière revenait à 5 dollars. Grâce à la prohibition et à ses « speakeasy », les bars clandestins, il se revend à 36 dollars. L’alcool fort permet des bénéfices plus colossaux encore. Les fortunes se font vite, et les petits gangsters de Little Italy entrent soudain dans une cour nouvelle.

Pour réussir en tant que gang organisé pendant la prohibition, il fallait avoir certaines capacités entrepreneuriales. Il fallait apprendre à gérer une organisation, il fallait importer ou même produire de l’alcool, il fallait protéger ses stocks, il fallait vraiment gérer une organisation. La prohibition a donc vraiment été un terrain d’entrainement pour les futurs boss mafieux.

L’argent coule à flot. Et cette fortune nouvelle dans le quartier engendre la compétition. On se bat dans les rues de Little Italy pour contrôler le marché de l’alcool. C’est le début d’une guerre sanglante qui provoque des centaines de morts dans les rues de New-York.

Et dans cette guerre des gangs, deux boss émergent : Salvatore Maranzano et Jo Masseria.

Jo Masseria se faisait appeler Jo Le Boss parce que c’est ce qu’il voulait être. Mais beaucoup de gens l’appelaient Jo le Glouton parce qu’il avait un énorme appétit. Il pouvait manger trois ou quatre plats de pâtes avant d’arriver au plat principal. Il avait toujours de la nourriture qui sortait de sa bouche et sur ses vêtements. Il était comme ça, mais il avait beaucoup de pouvoir. Il avait le plus gros gang d’italiens de l’époque qui était impliqué dans la prohibition, le racket, les complots et les vols.

Dans les rangs de Jo Masseria, un jeune gangster de 29 ans va bientôt rentrer dans l’histoire des mafias italiennes et américaines.

Salvatore, le chanceux

Arrivé à New York à l’âge de 9 ans, le jeune sicilien s’appelle Salvatore Lucania.

Victime d’une tentative d’assassinat, il aurait eu la gorge tranchée et aurait survécu par miracle. On le surnomme depuis « Lucky Luciano ». Légende ou pas, Luciano garde des cicatrices au visage et une paupière abîmée à moitié fermée qui lui confère un regard glaçant  à jamais célèbre.

C’était un nouveau type de gangster italien aux Etats-Unis. Il n’aimait pas ce que Maranzano ou Masseria faisaient, parce qu’ils ne voulaient pas coopérer avec les autres gangs.

Or Luciano lui avait compris le profit qu’il pouvait faire en alliant les gangs italiens et juifs. Il ne voulait plus d’effusions de sang ni de gros titres. Il trouvait que ce que Masseria faisait nuisait à tout le monde. Comme il disait « ce n’est pas bon pour les affaires ».

Il avait sans aucun doute le génie du crime. Il a compris qu’en commettant trop de meurtres, tuer exposait trop l’Organisation et attirait l’attention de la police.

Luciano veut mettre fin à ce bain de sang. Il doit alors s’allier au clan rival e Maranzano et trahir son boss. Masseria « Le Glouton » est assassiné dans son restaurant favori. On retrouvera dans sa main l’as de pique, la carte de la mort.

Mais Maranzano se méfie de son nouvel allié. Il trouve Luciano trop jeune, trop ambitieux et décide de le faire exécuter. Trop tard. Luciano a compris, et plus rapide, il le tue. C’est la fin des vieux chefs. La guerre des gangs est terminée,

Lucky Luciano est le nouveau maître.

En 1929 il réunit tous les parrains du pays à Atlantic City. Un sommet de la pègre où Lucky Luciano édicte de nouvelles règles inspirées des traditions de la mafia sicilienne.

Un génie du mal, un génie diabolique des affaires.

Il y avait à l’époque environ 20 gangs italo-américains. Il les a tous réunis et a décidé que la meilleure chose pour le business serait la paix, et il a instauré des règles. Il a aussi décidé de faire ce qu’il faisait en Italie ou en Sicile, c’est-à-dire une cérémonie d’initiation, un pacte de sang où la règle de base serait l’Omerta, que personne ne coopère jamais avec les autorités. Le principe le plus important que Luciano a imposé à cette nouvelle mafia américaine était celui de la survie de l’Organisation avant tout. L’individu ne compte plus.

Pour mettre fin aux conflits internes, Lucky Luciano propose, et la proposition sera acceptée, d’instaurer une commission, c’est-à-dire un organe de commandement central qui règle les conflits interne, et qui distribue les rôles entre les différents clans qui la composent. On peut dire que Lycky Luciano est le grand stratège de la mafia, devenue une entreprise de grande envergure.

La mafia italo-américaine est née.

Elle s’appellera Cosa Nostra, "Notre chose", une société secrète régie par l’omerta, la loi du silence.

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La naissance de "Cosa Nostra"

Pendant les trente années à venir, la mafia ne connaîtra plus de guerres intestines.

Luciano et les autres savaient que la prohibition touchait à sa fin et qu’elle allait être abolie.

Or le commerce d’alcool était la plus grosse source de revenus que la mafia avait.

Ils ont analysé la situation et ont décidé de se moderniser.

Et Luciano qui était une sorte de Warren Buffet de la mafia car il était brillant, décida de diversifier les affaires de l’Organisation.

Grâce à la prohibition, la mafia a amassé une fortune.

Comme une multinationale, l’entreprise se diversifie et choisi d’investir dans de nouveaux secteurs qui aujourd’hui encore, restent son terrain de chasse : les paris illégaux et les prêts usuraires.

La mafia infiltre aussi la construction, les transports et le textile.

Elle réussit à noyauter tous les secteurs d’activité grâce à une nouvelle méthode. L’infiltration des syndicats de travailleurs.

Une des choses les plus astucieuses qu’ils ont fait, c’est de constater l’importance que les organisations syndicales avaient pris dans les années 30 aux Etats-Unis, en particulier sur la côte est et à New-York.

Ils comprennent qu’en infiltrant les syndicats les plus importants ils pouvaient faire pression sur les patrons pour assurer la paix sociale, moyennant paiement.

Ces syndicats étaient essentiellement utilisés comme des armes.

Au lieu d’utiliser les armes, ils avaient les syndicats de travailleurs.

Ils allaient voir les chefs d’entreprise et leur disaient « on va faire une grève mardi. Si tu ne veux pas de grève, il va falloir nous payer tant de milliers de dollars ».

C’était donc de l’extorsion, et c’est comme ça qu’ils volaient de l’argent aux entrepreneurs.

Il y a beaucoup de preuves qu’ils exécutaient quiconque se rebellait au sein des syndicats. Quiconque mettait en danger le contrôle de la mafia était éliminé.

La Cosa Nostra italo-américaine est désormais l’organisation criminelle la plus puissante du monde occidental.

Anciens voyous des rues, ces maîtres mafieux se présentent désormais en hommes d’affaires respectables, presque acceptables pour la société américaine.

Le magazine Times classera d’ailleurs Lucky Luciano comme le principal bâtisseur d’empire du XXe siècle.

Lucky Luciano a gagné tellement d’argent et il avait tellement de pouvoir qu’il avait son propre avion. Il vivait dans un des plus grands palaces de New York, le Waldorf Astoria. Il y avait une suite au dernier étage. Il avait la belle vie.

Mais en 1936, Lucky Luciano tombe pour proxénétisme. Verdict 30 ans de prison. Cela ressemble à une fin de règne. Pas pour Luciano. Car le génie de la mafia va bientôt réussir à transformer la seconde guerre mondiale en opportunité nouvelle.

Pendant la guerre...

Le monde est en guerre. L’Allemagne nazie d’Hitler, l’Italie fasciste de Mussolini rejoint par le Japon impérial s’allient dans la force de l’Axe contre les puissances alliées. Près de 2500 soldats américains perdront la vie dans l’attaque surprise de Pearl Harbour.

Il va y avoir des attentats à la dynamite dans le port de New-York.

Des bateaux de la marine américaine sont coulés. Les américains enquêtent et ils comprennent qu’ils sont victimes d’actes de sabotage des allemands nazis qui partaient avec leurs sous-marins d’Europe, arrivaient à New-York, torpillaient les bateaux, et retournaient tranquillement de là où ils étaient venus.

Les américains étaient très inquiets au sujet des quais de New-York. Une des raisons principales, était qu’environ la moitié des gens qui y travaillait était des italo-américains. Et Mussolini avait beaucoup de partisans parmi les eux avant la deuxième guerre mondiale. Ils avaient donc peur qu’il y ait beaucoup de partisans de Mussolini ou des nazis, des sympathisants fascistes, qui collaborent d’une manière ou d’une autre avec les sous-marins allemands en leur donnant des informations.

Les services secrets américains tentent d’infiltrer le port de New-York, en vain. La mafia tient les quais y imposant comme toujours l’imparable loi du silence.

Contacté par les agents fédéraux, le patron du marché aux poissons, Joseph Lanza, un sicilien de la famille Genovese, accepte toutefois de collaborer. Mais son territoire est trop restreint pour limiter tous les sabotages. Pour Lanza, un seul homme peut aider le contre espionnage américain. Lucky Luciano. Emprisonné depuis dix ans dans une prison de haute sécurité, Luciano est bien resté le Capo dei Capi, le parrain des parrains.

Il a passé un accord avec les services de renseignements américains, dans lequel il assurerait la paix sur les quais et combattrait de possibles espionnages. Il préviendrait les services de renseignements de ce qui se passait. Et c’est ce qu’il a fait. Il a donné les instructions pour qu’il n’y ait pas d’arrêt de travail et que tout se passe dans le calme. Et c’est ce qui est arrivé.

La sécurité du port de New-York établie, l’armée américaine peut désormais planifier le débarquement des troupes en Europe. En ligne de mire la Sicile, considérée par Churchill comme le ventre mou de l’Axe. Le débarquement d’envergure s’opère sur les côtes siciliennes le 10 juillet 1943. La Sicile toute entière sera libérée après 38 jours de combat des forces alliées.

En 1946 à la fin du conflit, Lucky Luciano est libéré pour service rendu à la patrie.

Un retournement extraordinaire. Mais il y a une condition : Luciano doit rentrer en Italie et ne plus jamais retourner aux Etats-Unis sous peine d’y purger le reste de sa peine, plus de 20 années.

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Après la guerre...

Après la guerre, Luciano et ses amis se sont fait de la publicité en déclarant à la presse américaine que non seulement il avait préservé le port de New-York, mais qu’en plus il avait permis l’invasion de la Sicile.

Nous avons retrouvé dans les archives publiques des documents qui prouvent que des généraux américains ont été en contact avec des personnages de haut rang de la Cosa Nostra italienne et américaine. Et donc, le rôle qui aurait été donné à Cosa Nostra aurait été de préparer la population à voir positivement le débarquement des américains dans la côte sud de la Sicile, et de ne pas s’y opposer, mais au contraire, de la faciliter.

Les mafieux pendant la période fasciste étaient quasiment tous en prison. Ils étaient peu nombreux, ils n’avaient pas de capacités militaires et ne pouvaient donc pas avoir un rôle dans le débarquement. Surtout si on prend en compte que ça a été la deuxième plus grande opération militaire qu’il n’y ait jamais eu après le débarquement en Normandie qui aura lieu deux ans plus tard. Donc ils n’ont jamais joué un rôle militaire. Et l’idée que le débarquement en Sicile ait été fait en collaboration avec la mafia ou pire que son succès est dû à la mafia est une idée fantastique, mais qui tient de la légende.

On ne saura sans doute jamais quel rôle réél la mafia aura joué dans le débarquement en Sicile. Mais un autre mystère demeure. Pourquoi l’Etat Major américain en Sicile a-t-il placé à la tête des mairies libérées de nombreux chefs mafieux…

La mafia a aidé les américains. Et les américains avant de partir, vue qu’ils devaient nommer des maires pour ne pas laisser un territoire sans gouvernement, ont nommé  par exemple le mafieux Don Carlo Vizzini maire de son village, qui était aussi secrétaire de la Démocratie Chrétienne. Calogero Don Calò Vizzini était le chef de la mafia de Villalba dans la province de Caltanissetta, en Sicile. Vizzini était considéré comme l'un des chefs mafieux les plus influents de Sicile après la Seconde Guerre mondiale, et ce jusqu'à sa mort en 1954.

Et ça c’est un fait avéré, ce n’est pas une fable.

Pour d’autres observateurs, la politique américaine pro mafia en Sicile avait un but précis. Empêcher la monter du communisme, car la Sicile est alors en pleine réforme agraire et les paysans misérables se battent pour s’approprier des terres agricoles.

Soutenu par le Parti Communiste, le mouvement de révolte rassemble plus d’un demi million de personnes. Une fronde révolutionnaire qui inquiète les Etats-Unis. On vient d’entrer sans le savoir dans une nouvelle guerre, la guerre froide.

Pour arrêter ce mouvement de masse et pour empêcher que le parti communiste et le parti socialiste se développe toujours plus, il était nécessaire d’avoir recours à la violence qui est légitimée par l’impunité.

Et la répression sera sanglante. 46 syndicalistes siciliens seront assassinés pendant cette période.

Ce qui est certain, c’est qu’à partir du débarquement américain les mafieux se sont renforcés et ça leur a permis de devenir une force politique.

De retour aux Etats-Unis...

De retours au Etats-Unis, la période fut prospère. Les italo-américains avaient combattu pour le pays, et leur intégration n’était plus un problème. Les chanteurs italiens comme Sinatra et d’autres étaient devenu très populaires.

Sinatra jouait dans les clubs et connaissait donc de nombreux mafieux. L’image de Sinatra était en conséquence associée à la mafia. Il y avait toujours ce double aspect avec les italo-américains. Quand ils pensaient avoir finalement une personnalité que les américains adoraient, il y avait de nouveau ce côté sombre de la mafia qui ressurgissait.

La mafia est comme une tâche de naissance que la communauté italo-américaine ne parvient pas à estomper.

En 1950, une commission sénatoriale est réunie pour la première fois afin d’évaluer le poids du crime organisé dans les affaires du pays.

30 millions d’américains vont se passionner pour cette première incursion dans l’univers de la mafia.

La commission voulait savoir comment fonctionnait l’Organisation et quelle était sa structure. Les audiences étaient télévisées, et tout d’un coup, l’Amérique toute entière a pu savoir ce qu’il se passait dans cette organisation dont le public connaissait peu de choses.

La plupart des mafieux appelés à la barre ont eu recours au 5è amendement et on refusé de témoigner parce que ça risquait de les incriminer, donc ils ont échappé à toute condamnation.

Mais un homme va oser défier la commission. Franck Costello, surnommé le premier ministre. Cela en dit long sur ses qualités de négociateur et sur son influence sur la sphère politique américaine. Lucky Luciano contraint désormais à l’exil en Italie, c’est lui qui règne désormais sur les familles.

Son ego l’a trahi. Il pensait qu’en tant que chef mafieux il avait aussi fait des choses bien, et qu’il était incompris.

Finalement, la commission ne mènera a rien. L’obstination de J.E.Hoover y est sans doute pour beaucoup. Il continue a nier l’existence d’une mafia américaine. Pour Cosa Nostra, les affaires restent donc florissantes dans le noyautage des syndicats, dans l’usure mais aussi désormais dans la drogue, car depuis son exil, Luciano est resté très actif et a mis en place un trafic international de stupéfiant.

1957 est une année très important pour la mafia américaine, surtout pour celle de New-York, car le congrès américain a passé une nouvelle loi qui punissait de 20 à 30 ans d’emprisonnement le trafic de drogue.

Les risques sont trop élevés, la mafia doit trouver une nouvelle solution.

Lucky Luciano réunit une trentaine de chefs mafieux siciliens et américains dans un palace de Palerme, l’hôtel des Palmes. A l’ordre du jour, réorganiser le trafic d’héroine en faisant courir les risques au caids siciliens.

L’accord était le suivant : il leur a dit « vous viendrez aux Etats-Unis car personne ne vous connait là-bas » puisqu’ils n’étaient pas connus des autorités comme gangsters « mais nous connaissons le marché américain, et on vous aidera à vous établir, à ouvrir des commerces, des pizzerias, et nous vous dirons comment vous comporter et qui vous pourrez soudoyer dans la police. On sait faire tout ça. Tout ce que nous voulons c’est une commission. »

Pour faire cela, Lucky Luciano demande aux siciliens de se structurer sur le même modèle qu’il a mis en place 30 ans auparavant avec la mafia américaine.

Il leur demande de former une commission, une sorte de tribunal pour réguler les conflits internes qu’ils réglaient avant ça à coup de révolver, seul langage qu’ils connaissaient.

Les cousins américains viennent de donner une structure nouvelle à la mafia sicilienne. Selon un repenti, c’est même à ce moment précis qu’elle lui aurait donné son nom actuel, Cosa Nostra.

Une Cosa Nostra sicilienne prête à faire son entrée dans le trafic international.

Désormais, une fois reçue la matière première du Moyen Orient, elle l’acheminera vers Marseille où elle sera raffinée puis exportée et consommée aux Etats-Unis.

C’est à travers le trafic de drogue que va naître cette interaction entre les deux mafias.

Même si Cosa Nostra américaine garde son indépendance par rapport à la Cosa Nostra sicilienne, c’est le trafic de drogue qui sert de ciment.

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