La commedia dell'arte

COMMEDIA !!

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Théâtre populaire apparu en Italie au XVIe siècle, la commedia dell'arte nous a légué une pittoresque galerie de personnages. De Pierrot à Colombine en passant par Arlequin, ces personnages de comédie se retrouvent aujourd’hui dans les corsos de Carnaval.

Qu'est-ce que la commedia dell'arte ?

La commedia dell'arte est un genre de théâtre populaire italien, né au XVI e siècle en 1528. Ainsi nommée au XVIIIe siècle, elle repose sur l'improvisation d'acteurs souvent masqués.

Ingéniosité, naïveté, ruses et travestissements sont les principaux ingrédients de la commedia dell'arte « comédie de métier », qui a remporté un vaste succès en Europe, du XVIe au XVIIIe siècle.

L’expression italienne "commedia dell'arte", qui a été reprise en français, signifie littéralement "théâtre interprété par des gens de l'art", c’est-à-dire des comédiens professionnels.

Connue jusqu'au XVIIIe sous le nom de « comédie d'histrions », « comédie improvisée » ou « comédie à l'impromptu », cette forme théâtrale est née en Italie à l'initiative des hommes de théâtre qui cherchaient à se démarquer à la fois du théâtre littéraire et du dilettantisme des comédiens de l'époque de la Renaissance.

Les personnages de ce type de comédie seraient issus des atellanes, comédies latines du IIIe s. avant J.-C., qui développaient de courtes fables improvisées à partir d'un schéma très simple.

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L'art de l'improvisation

Les gestes et le jeu corporel, qui priment sur le texte et le décor, s'accompagnent de dialogues pour une large part improvisés sur un canevas. En fait, il semble que les comédiens aient appris par cœur des pans entiers des scénarios issus de nouvelles, de comédies antiques et d'œuvres littéraires relatant des faits historiques. Certains de ces textes furent publiés pour la première fois en 1611, c'est-à-dire un siècle après l'émergence du genre : ils s'articulent autour de situations conventionnelles, qui aboutissent immanquablement à un dénouement heureux. Les mariages contrariés, mais inévitables, et l'éternel conflit des générations, qui en constituent les thèmes principaux, servent de prétextes à des échanges vifs, à des propos souvent obscènes et à des scènes de bastonnade.

Pour raviver l'attention du public, le spectacle était ponctué de lazzi, intermèdes comiques sans rapport avec l'intrigue (par exemple, un comédien faisait semblant d'attraper des puces et de les manger). Des numéros de danse et d'acrobatie ainsi que des morceaux de musique vocale et instrumentale étaient appelés également à placer la pièce, généralement précédée d'un prologue et coupée d'entractes, dans un climat d'allégresse et de gaieté.

Les personnages

Jeunes amants, valets malicieux, étudiants candides, marchands cupides, soudards, vieillards libidineux et avares, les personnages truculents qui peuplent la commedia dell'arte sont souvent issus du théâtre du Moyen Âge.

On y distingue les "Zanni", les vieillards et les amoureux.

A partir de ces personnages, chaque troupe pouvait jouer des centaines d’intrigues différentes. Certains personnages ne portent pas de masque car ces rôles étaient tenus dans le passé par des femmes ou de très jeunes gens. Il y a très longtemps, seuls les hommes pouvaient être comédiens. Les femmes n'avaient pas le droit de monter sur scène. Plus tard, à l'époque de la commedia dell'arte, les comédiens prirent l'habitude de voyager en compagnie de leur famille au grand complet. Bien entendu, leurs femmes et leurs filles eurent envie, elles aussi, de jouer la comédie. Elles se montrèrent si habiles qu'on leur donna très vite des rôles de plus en plus importants.

Les Zannis

Le mot Zanni est une abréviation de Giovanni, un nom très commun en Italie à cette époque. Le Zanni était inspiré des esclaves de l’époque : éternel infortuné, travailleur immigrant et dépossédé. L’abréviation de Zanni est « Zan ». C’est un peu comme une appellation passe-partout, comme l’expression « Être un bon jack », ou alors appeler tout le monde Bob. Au 16e siècle, des personnages étaient même nommés Zan Paolo, ou alors Zan Ganasso. Ce sont des paysans de Bergame qui descendaient travailler à Venise. Ils parlent souvent en dialecte et vivent le choc culturel lorsqu’ils arrivent en ville. Ils sont simples et ridicules. Plus le nez du masque est long, plus ils sont ridicules. Simples et sots, ils sont charmants de nature. Peut être parfois agressif et sauvage. Ils sont habillés de sacs de farine et transportent toujours quelque chose qui ne leur appartient pas : une bourse, une batte, de la nourriture, des lettres… Deux types de Zanni : – intelligent et rusé (Brighella, Scapin), issu de la haute ville de Bergame, plus habitué à Venise – naïf et capable de trouvailles imprévisibles, Arlequin.

Arlequin
Sot, niais, balourd, gourmand, c’est un grand enfant. Il a l’instinct de l’animal, agile et poltron. Deux Arlequin ensemble peuvent équivaloir à une personne entière (un a 40% et l’autre 60% de l’intelligence). Amoureux de Colombine. Il fait tout son possible pour avoir de l’esprit, et pousse cette envie parfois jusqu’à la malice. Il excelle dans les quiproquos et s’en sort toujours…perdant.

Scapin et Sganarelle
Intrigant, fourbe, menteur, aime berner, tromper les gens, tavernier, affranchi, soldat. Rusé et actif, il tes toujours prêt à prendre la fuite quand les choses tournent mal. Tombant souvent amoureux, il court d’une à l’autre, mais choisit toujours des femmes de sa condition (zanni).

Brighella
Patron des Zanni. Rusé. Il est souvent aubergiste.

Polichinelle

Caractère retors, inquiétant, un peu diabolique, magouilleur. Il porte un masque noir et est malin. Il aime se battre, est fanfaron, adore manger comme la plupart des Zanni et il est niais et stupide, mais pas toujours. Naïf et enfantin dans le langage, il peut être valet ou tenancier, ou soldat ou bandit. Il est noir à l’intérieur, sarcastique. Il ne garde aucun secret, de là l’expression « un secret de Polichinelle ». Il est bossu, ventru, difforme, blasé. Il a tout vu, tout entendu. Son nez est crochu.

Pedrolino (Pierrot)
L’ancêtre de notre Pierrot. Ce serviteur n’est pas masqué. Il danse et saute comme Arlequin, mais il est malheureux en amour. Il est très maladroit et propret, maniéré. C’est la valet de la Signora.

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Les vieillards

Les vieillards représentent souvent des marchands avaricieux ou vicieux.

Tartaglia
Vieux, il est père de famille. Il bégaie et a de grosses lunettes. Bedonnant, c’est un rôle secondaire. Il est apothicaire et il est très rêveur, toujours un peu dans son monde, perdu dans sa poésie.

La Signora
Mature, elle aime le capitaine et passe son temps à tenter de le charmer. Elle fait penser à la Castafiore, pleine de bijoux. Superficielle, charmeuse, entremetteuse, elle n’a pas la langue dans sa poche. Son serviteur est Pedrolino.

Pantalone
Il vient de Venise, c’est un commerçant très riche. Il est avare, méfiant, prudent, parfois naïf, bougon. Il joue au jeune homme amoureux. Il est très rancunier. C’est un grand enfant de 100 ans. Il a un masque don le nez ressemble à un bec d’aigle, des sourcils et une barbichette. Il est vêtu d’un justaucorps et a toujours une bourse à sa ceinture. Son passe-temps préféré : compter son argent.

Le Capitaine
Il vient d’Espagne. Les Espagnols avaient envahi l’Italie à l’époque et on se moquaient d’eux. Il est souvent étranger. Se croit beau, vantard, vaniteux, c’est un soldat mercenaire. Il prétend faire tomber les femmes, raconte des histoires de bravoure, mas se dégonfle face à un obstacle. Toute sa prétention est dans le nez de son masque. Il a un costume flamboyant, un chapeau à plumes, une épée et une cape.

Le Docteur
Gros, nigaud, stupide et absurde. Il est spécialiste en tout. Il dit des phrases vides de sens, seulement pour parler. On l’appelle docteur au sens de « connaisseur ». Il a environ 60 ans et vient de Bologne. Il sort parfois des mots étrangers qu’il écorche, des citations latines et des éthymologies bouffonnes. Il est très sentencieux. On peut en fait retrouver 2 types de docteurs : gros et bedonnant, parlant plus lentement. Puis, un autre plus nerveux, don l’énergie est dans la tête, plus filiforme et vif. Il est tantôt marié, tantôt cocu, et dépend de Pantalon; il vit les mêmes mésaventures que lui la plupart du temps.

Les amoureux (ou les enfarinés)

Colombine
On aurait pu l’inclure dans les serviteurs, puisqu’elle est en effet une Zania. Or, elle lit, danse, écrit, chante… C’est une fille de la campagne, solide. Elle a des propos gaillards et parle franc. Elle est amoureuse d’Arlequin. C’est la seule qui est lucide dans la commedia dell’arte, et donc elle s’occupe de régler les conflits. Autonome, elle n’a pas de défauts apparents. Masquée ou non.

Isabelle (Sylvia, Florinda)
Jeune, belle, non masquée. Elle est centrée sur elle-même, capricieuse, remplie de doute. Elle est en fait amoureuse de l’amour. Elle est peu patiente et se décourage facilement. Elle s’emporte facilement, aussi. Sa grande excitation l’empêche de communiquer efficacement. Elle tombe souvent dans les pommes. Elle vient de Toscane, donc elle parle bien

Lélio (Léandro, Flavio)
Il est très centré sur lui-même et poétique. Lunatique, il ne pense qu’à sa belle. Il est amoureux de l’amour et communique difficilement en raison de sa trop grande excitation. Il s’emporte rapidement et parle bien, venant de Toscane.

Isabella
Lelio
Colombine
Déclin et renaissance

Quand la commedia dell'arte passe du « type » au personnage, du schématisme originel à l'approche psychologique et du jeu stylisé au texte élaboré, elle se dilue dans le théâtre d'auteur, qui emprunte son ton ludique pour traiter des sujets d'une extrême gravité.

Toutefois, dans la seconde moitié du xxe s., un certain nombre d'artistes, tels Jacques Copeau, Léon Chancerel, Jacques Lecoq (1921-1999), Ferrucio Soleri ou Dario Fo (prix Nobel de littérature, 1997), redécouvrirent la commedia dell'arte, la vertu de l'improvisation, le pouvoir du geste : cette forme de théâtre continue ainsi à vivre, d'une part, à travers la pièce de Goldoni Arlequin, serviteur de deux maîtres – représentée régulièrement sur toutes les scènes d'Europe – et, d'autre part, à travers des types qui resurgissent dans le théâtre contemporain.

La survie des personnages

Représentation de théâtre de marionnettes

Les « types » populaires de la commedia dell'arte se fixent – et en meurent – dans des poupées destinées aux enfants. Polichinelle et Arlequin deviennent ainsi des figures de bois et de chiffon, ou encore des pantins, jouets inoffensifs, imitant la prodigieuse souplesse des comédiens qui les avaient incarnés au théâtre. Quant à Pierrot, il connut un ultime sursaut de vie grâce aux pantomimes de Deburau au théâtre des Funambules, à Paris, au milieu du xixe s.

Dans les défilés de carnaval resurgissent également certains personnages de la commedia dell'arte, qui y retrouvent non seulement leurs costumes, mais aussi leurs masques. Alors qu'au carnaval de Schwyz, en Suisse, Arlequin figure parmi les danseurs, ailleurs il est généralement chargé d'ouvrir les festivités et de frayer un passage au milieu de la foule des spectateurs. Il partage cette fonction avec Polichinelle, étrange figure androgyne qui porte sur la partie inférieure du corps un mannequin de tissu qui a l'apparence d'une vieille femme.

L'influence de la Commedia en France

Depuis le XIIIe siècle, qui a vu la réhabilitation des mimes et des jongleurs, le terrain était prêt, en France, pour accueillir les influences italiennes dans le cadre du théâtre de la Foire, qui se tint, jusqu'à la Révolution, sur les foires Saint-Germain et Saint-Laurent.

Les personnages adaptés

Les personnages caractéristiques de la commedia dell'arte donnèrent naissance en France à quelques variantes d'emblée fort appréciées par le public.

C'est Henri Le Grand, mort en 1637, qui créa le rôle de Turlupin, personnage qui exaltait l'outrance au détriment du naturel. Préférant l'usage de la farine à celui du masque, Robert Guérin inventa Gros-Guillaume, personnage que les estampes montrent planté au milieu de la scène, inerte, les mains derrière le dos soulignant l'irrésistible rondeur de sa bedaine.

Hugues Guéru est le père de Gaultier-Garguille, qui s'est rendu célèbre par sa souplesse et par ses chansons. Quant à Bertrand Hardouin de Saint-Jacques, il est le créateur de Guillot-Gorju, au début du xviie s. : cet ancien médecin, vêtu des plus extravagantes défroques, fondait son personnage sur les effets comiques du vocabulaire médical de son temps.

Tabarin, reconnaissable à son invraisemblable chapeau mou et à l'ingéniosité bouffonne de ses questions « tabarinesques », est l'un des plus célèbres personnages français issus de la commedia dell'arte, tout comme Dame Cigogne, Bruscambille et Jean Farine. Identifiés avec leurs interprètes et non avec leurs masques, ils n'ont pas survécu aux acteurs qui les avaient incarnés.

Le succès en France

Les Comédiens-Italiens, venus avec Catherine de Médicis, triomphaient dans leurs improvisations à l'Hôtel de Bourgogne, mais ils en furent chassés en 1697, pour avoir égratigné dans une pièce Mme de Maintenon. Revenus en 1716, sous la Régence, ils s'adaptèrent alors à un répertoire nouveau, moins fondé sur la repartie et le comique de geste.

Cependant, outre des auteurs italiens comme Goldoni , Regnard, Molière et Marivaux subirent eux aussi l'influence de la commedia dell'arte et de la technique de jeu élaborée des Comédiens-Italiens.

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